Mes voyages à vélo, le vélo en général et encore bien d'autres choses
De Villejuif (Val-de-Marne) à Villiers-le-Morhier (Eure-et-Loir).
Grand jour de départ ce matin. Malheureusement je fonctionne au ralenti à cause de l'anxiété. Je me lève à 5h15 et ne pars qu'à 8h50. J'ai beaucoup de difficultés à me mettre en route. Vérification après vérification encore et encore, la peur d'oublier Ciel gris, vent, 15 degrés. La motivation n'est pas au sommet. Je me demande même dans quelle galère je me suis mise. J'appréhende. J'appréhende la pluie. J'appréhende une panne mécanique. J'appréhende les bivouacs. J'appréhende ma forme physique. J'appréhende les oublis. Pourtant j'ai tout vérifié, il ne manque rien. Et si c'était le cas, l'essentiel est présent dans mes sacoches. Depuis une chute sur une plaque de verglas qui a endommagé un genou le 1er janvier (bonne année et bonne santé !) je n'ai pas autant pédalé que je ne l'aurais voulu. Le genou va bien, j'ai bien récupéré mais j'ai perdu du temps. Entre confinement, couvre-feu, météo moyenne ces derniers temps, les sorties n'ont pas été aussi longues et nombreuses que je ne l'aurais souhaité. Mais il va falloir faire avec. Quand je pense que certain-e-s partent sur des longues périodes avec quasiment pas d'entrainements, je n'ai pas de complexe à avoir.
Une fois les sacoches installées sur mon vélo, je commence légèrement à décompresser. Deux sacoches arrières, une de guidon et la tente sur le porte-bagage. Tout rentre, presqu'au millimètre près. Départ tardif, presque 9 heures. Je voulais éviter la grande circulation du matin, c'est raté. Les premiers coups de pédales sont pénibles, je porte sur le vélo ma maison d'une semaine. Je suis devenue un poids lourds. En plus des sacoches, 3 gourdes sont présentes, soit un total de 2,5 litres, également un petit U et un petit cadenas. Le grand U reste à la maison pour éviter un poids supplémentaire et je ne suis pas censée m'éloigner du vélo longtemps.
Un voisin m'interpelle et me demande quelle est ma destination. C'est toujours sympa d'avoir ce genre de question. De montrer aussi qu'on peut voyager autrement qu'en voiture. Que la destination n'est pas si importante, ce qui compte est le voyage en lui-même. D'ailleurs quand on me demande où je vais, je cite quelques villes du circuit parce que je n'ai pas une destination finale .Il n'y a pas de lieu où je vais rester plusieurs jours. Voyager lentement jusqu'où mes jambes, mon esprit me le permette, c'est tout.
Je pédale lentement pour tenir sur la durée. Il n'est pas possible d'avoir le même rythme que sans bagages. Le poids ralentit. J'atteins difficilement les 15 kms/h, la tortue est là ! Mais ce n'est pas grave, je ne fais pas le Tour de France (étapes dans les Alpes au moment où je rédige mes notes. Il sera déjà terminé lorsque vous lirez cet article). Pas d'hyper entraînement, ni de super vélo de 6 kilogrammes, ni de sponsors. Non, rien. Pas de compétition. Pas de chronomètre. Pas de classement. Juste le plaisir de pédaler, de regarder les paysages, de me sentir libre d'aller où je veux, sans contraintes hormis celles de mes limites physiques et mentales.
Je connais bien les 50 premiers kilomètres pour m'y rendre de temps en temps, dans la Haute Vallée de Chevreuse jusqu'à Rambouillet. Le parc régional abrite de beaux coins notamment la forêt de Rambouillet et y aller à nouveau est un grand plaisir. Le vent aujourd'hui est en ma défaveur. Il gène ma progression. Pas facile pour un premier jour de s'habituer aux poids des sacoches et du vent. La descente à Gif-sur-Yvette que j'appréhende à chaque fois, longue de plus d'un kilomètre en lacet. La peur qu'une voiture me colle pour doubler. Tout va bien, je la négocie bien. Je prends progressivement confiance en moi même si la panne mécanique reste toujours en tête. Le secteur est vallonné et c'est toute la difficulté lorsque tu es chargée. Les montées sont plus difficiles à négocier, les descentes plus dangereuses. Restons positive. Même si je ne suis pas une habitué aux voyages à vélo ce n'est pas mon premier. Depuis le matin je porte un léger coupe vent à cause du... vent. Il ne manquerait plus que la pluie s'y mette ! La météo pour les jours à venir est pluvieuse. Ne pensons plus à la météo est vivons l'instant présent sinon ça va être trop chaotique dans ma tête. Je fais une première pause à Cernay-la-Ville à une douzaine de kilomètres avant Rambouillet sur un banc où je me suis déjà posée. J'écris mes premières notes qui deviendront le compte-rendu que vous êtes en train de lire. Quelques timides rayons de soleil font leur apparition. Et c'est reparti jusqu'à Rambouillet, ville que je ne connais que de passage, pas d'arrêt et la situation ne changera pas aujourd'hui. Mais avant Rambouillet je m'arrête sur une aire de pique-nique avec des tables et blancs en bois. L'occasion rêver pour préparer mon premier repas. La cuisine est rapide. N'ayant toujours pas de réchaud, je sors un plat préparé végétalien et bio, un chili sin carne. J'y ajoute en petits morceaux une carotte et un morceau de concombre. Une banane (ma raison de vivre !) et une pomme clôtureront le déjeuner. Avant de partir je discute un peu avec un couple de cyclovageur/euse qui viennent d'arriver. On parle de matériel et destination. C'était sympa de pouvoir échanger, même brièvement. Le soleil fait son apparition et me réchauffe : quel plaisir ! Des instants où tout est possible, où tout est beau, des moments que l'on voudrait éternel mais vous connaissez la suite.
Petite départementale agréable pour me rendre jusqu'à Rambouillet malgré le vent persistant. Rambouillet n'est pas une ville pour la pratique du vélo. Quelques pistes cyclables mal faites sur les trottoirs et le tour est joué ! On mets des lignes blanches sur le trottoir et un panneau indiquant une piste et voilà, "n'allez pas vous plaindre, on pense à vous !" Mieux vaut en rire par moment. Quelques kilomètres plus loin, à Gazelan, je remarque un panneau "Véloscénie" (véloroute et voies vertes de Paris jusqu'au Mont-Saint-Michel). Je décide de la suivre partiellement jusqu'à Chartes. La véloscénie évite les longues départementales, permet d'accéder à des sentiers, des petites routes calmes, traverser des villages. Je m'arrête devant un plan d'eau où convergent des centaines de canards. Je n'en ai jamais vus autant ! Un beau spectacle à voir et à entendre. Vers 14 heures le soleil se lève à nouveau et je peux retirer mon coupe-vent. Un peu avant Epernon je passe devant un lieu sur lequel j'avais déjà bivouaqué l'année dernière. Un petit aménagement avec table et banc en bois le long de la Drouette. Je m'arrête quelques instants pour boire une boisson fraîche (qui ne l'est plus vraiment au moment où je la bois) achetée dans une boulangerie quelques kilomètres plus tôt.
A Villiers-le-Morhier se trouve un camping et j'aimerais bien y être ce soir pour recharger mes batteries, enfin me doucher, faire une lessive, dîner, regarder la carte de la région, etc. Une soirée en camping passe si vite ! Fini l'Île-de-France, nous sommes à présent dans la région Centre-Val-de-Loire et le département d'Eure-et-Loir (28). Le repas du soir est simple, comme les jours à venir. Semoule, protéines de soja, une carotte et le reste du concombre de ce midi ainsi que deux pommes. Aujourd'hui je n'ai pas eu le temps de me poser, stressée par le départ, le vent, à penser à une panne mécanique, où je vais dormir le soir et bien d'autres choses encore à cause d'un cerveau en ébullition. Je dois apprendre à vivre au jour le jour, dans l'instant présent, à me dire qu'il y aura toujours une solution aux problèmes à venir, d'arrêter d'anticiper car cela provoque une anxiété permanente, un manque de confiance en moi. Facile à dire, plus difficile à mettre en pratique mais étape après étape on progresse, on gagne des petites victoires. On a tout le restant de notre vie pour évoluer, apprendre, expérimenter, faire en sorte que la vie soit plus belle pour soi et les autres. Rien n'est définitif mais il est difficile de changer des habitudes bien ancrées. Dans le camping le vent semble s'être calmé, la tente ne bronche pas. Demain les jambes seront lourdes après 89 kilomètres parcourus.
- 1ère journée : mardi 6 juillet 2021
- 2ème journée : mercredi 7 juillet 2021
- 3ème journée : jeudi 8 juillet 2021
- 4ème journée : vendredi 9 juillet 2021
- 5ème journée : samedi 10 juillet 2021
- 6ème journée : dimanche 11 juillet 2021